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  • Notre réalité intérieure est multiple

    Notre réalité intérieure est multiple

    «Il y a deux filles en moi» chantait Françoise Hardy. Il y en a bien plus que ça, précise Richard Schwartz, concepteur d’un modèle original de psychothérapie, au croisement entre l’approche systémique et la plongée dans le psychisme: il y a toute une «famille» en nous.
    Le Système familial intérieur (IFS) est arrivé des États-Unis en Europe via l’Allemagne, il y a dix ans. Son promoteur français, François Le Doze, est un neurologue qui rêve de retrouvailles entre la psychologie et la neurologie. L’avocat est crédible, le modèle «potentiellement intéressant», concède Yves de Roten, responsable du Centre de recherche en psychothérapie du Département de psychiatrie du CHUV à Lausanne. Ne lui reste plus qu’à faire ses preuves. François Le Doze sera à Lausanne le jeudi 26 janvier pour le lancement de la première formation IFS en Suisse. Rencontre exploratoire.

    Le Temps: Comment le neurologue que vous êtes en est-il venu à la psychothérapie ?

    François Le Doze: J’ai commencé par faire ce que j’avais appris : m’occuper du dysfonctionnement des organes. Mais avec l’intuition, dès le début, que ce n’était pas suffisant. Que la maladie s’articule avec les expériences de vie et qu’en mettant en jeu le psychisme, on doit pouvoir agir sur elle. Encore faut-il savoir comment : dans l’IFS, j’ai trouvé un outil efficace, qui a des effets durables sur les symptômes. Je l’ai trouvé un peu par hasard : je m’étais inscrit à un séminaire par intérêt personnel. J’ai appliqué le modèle à un patient migraineux, qui s’est tout de suite senti mieux et m’a envoyé sa femme. C’est ainsi que cela a commencé.

    – Ça n’aurait pas marché avec un malade de Parkinson ou de sclérose en plaque.

    – Je me limite aux maladies réversibles. Les maladies auto-immunes, notamment, comme le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Suite aux bons résultats obtenus, j’ai mis sur pied, à l’hôpital de Caen où je suis neurologue, une consultation de médecine psychosomatique. Les patients qui y consultent ne sont pas a priori en demande de psycho-thérapie; un des atouts de l’IFS est d’être facilement accepté par des personnes qui ne seraient pas allées spontanément chez le psy.

    – Que leur dites-vous de si convaincant?

    – «Il y a des parties de vous qui sont impliquées dans la maladie. Peut-être qu’en les aidant, on peut arriver à vous soulager. Êtes-vous partant pour essayer?» C’est un langage qui parle intuitivement aux gens et ils acceptent. Ce faisant, ils ont déjà intégré un concept fondamental: ce n’est pas eux qui sont malades mais une partie d’eux parmi d’autres. Car notre réalité intérieure est multiple, composée de plusieurs sous-personnalités, souvent fragilisées ou en conflit entre elles.

    – L’idée de la multiplicité du psychisme n’est pas nouvelle.

    – Non, on la retrouve par exemple chez Freud et Jung. L’originalité de l’IFS est de l’articuler avec l’autre pilier du modèle : le Self, cette instance que d’autres appellent la conscience, et qui est le guide naturel du système intérieur. L’en-jeu, c’est de rendre au Self la maîtrise de la vie psychique pour une coexistence harmonieuse entre les parties, dans un climat de confiance restaurée.

    – Le Self, écrivez-vous, est doté de «qualités inaltérables comme la compassion et la confiance». C’est une vision bien optimiste de l’être humain!

    – C’est ce que nous constatons dans notre pratique. Pour peu qu’elle soit dégagée des contraintes internes, l’instance du Self manifeste ses qualités naturelles et devient un «bon guide».

    – L’autre originalité de l’IFS est d’employer les techniques de l’analyse systémique. Qu’en-tend-on par là ?

    – Richard Schwartz a été formé à l’approche systémique qui considère l’individu non pour lui-même mais comme membre d’un système, en l’occurrence familial. Peu à peu, en s’intéressant aux individus eux-mêmes, il s’est rendu compte que notre réalité intérieure fonctionne comme un système familial extérieur : il y a, par exemple, le vilain petit canard qui boit trop, le grand frère qui l’humilie, le parent en colère, et chacun a de bonnes raisons d’agir comme il le fait pour maintenir le système à flot. L’enjeu de la thérapie est de persuader les parties qu’il y a un plan B, qu’elles peuvent sortir de leurs rôles figés.

    – Pourquoi boit-il trop, le vilain petit canard?

    – Ça dépend des systèmes, mais ce qu’on peut dire, c’est que certaines parties en protègent d’autres, qui sont blessées: je me sens mal, je me soulage en buvant.

    – Dans le vocabulaire IFS, les parties blessées sont appelées «les exilés», les protectrices «les pompiers» ou «les managers». Ça sonne tellement américain capitaliste…

    – Ce sont des termes que l’on n’emploie pas avec les patients. Et l’IFS est loin de constituer un modèle à la gloire des managers et du capitalisme! Pour Richard Schwartz, ce qui nous pousse à la surconsommation, ce sont les parties «pompiers» en nous, qui cherchent à calmer un mal-être. Si on arrive à se passer d’elles, c’est tout le système économique tel que nous le connaissons qui s’effondre!

    – Vous appelez de vos vœux «la réunification de la personne malade». Est-ce une utopie ?

    – Il y a un mouvement dans ce sens. L’euphorie du tout technique est en train de retomber : au sein de l’hôpital où je travaille, mes propositions ont reçu un accueil impensable il y a dix ans. Et l’IFS s’inscrit dans un courant émergeant de la psychologie qui vise à mobiliser les ressources de la conscience, notamment via la méditation: nous avons de nouveaux outils, très prometteurs. Mais je suis conscient qu’ils doivent encore faire leurs preuves, notamment via la recherche.

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  • Indispensables conversations intérieures

    Indispensables conversations intérieures


    Article publié dans le quotidien LE FIGARO du 24 janvier 2011
    Par  Pascale Senk


    Les psychologues reconnaissent les pouvoirs bénéfiques de notre «petite voix».

    Dans les comics des années 1950, on la représentait souvent par un angelot posé sur un nuage invitant le personnage principal à plus de tempérance et l’empêchant ainsi de faire une bêtise: «Non, tu ne voleras pas le vélo de ton voisin!» Cette imagerie populaire s’appuyait essentiel­lement sur les points de vue moral et religieux et le conflit entre mal et bien pour représenter la voix de notre conscience, celle-ci ayant surtout occupé ces deux disciplines pendant des siècles. Aujourd’hui, et même si tout un courant new age considère cette instance intérieure comme une émanation du divin, notre «petite voix» s’est largement laïcisée.

    La psychiatrie a longtemps eu tendance à ne la considérer que comme une manifestation de délire, mais il suffit de demander dans un dîner «entendez-vous parfois des voix à l’intérieur de vous?» pour constater que la plupart des humains, et même les plus rationnels, vivent quotidiennement cette expérience. Depuis Freud et l’éclosion des psychothérapies modernes nées dans la filiation plus ou moins respectée de la psychanalyse, nos discours intérieurs sont d’ailleurs davantage pris en considération par les professionnels de la psyché et les scientifiques.

    Ainsi, une récente étude de l’université de Toronto Scarborough a montré que l’écoute de notre voix intérieure nous aidait davantage à contrôler nos attitudes impulsives et à garder notre self-control que si nous l’ignorons.

    Joël Berger, coach -formateur auprès de dirigeants en quête de leadership et de détermination-, axe une grande partie de son travail sur la recherche et l’intensification de ce qu’il appelle cette «boussole intérieure»: «Socrate avait déjà son “daimon”! Peu importe le nom que vous lui donnez, “Guide”, comme dans l’hypnose ericksonnienne, ou “Soi”, chez Jung, explique-t-il. Ce qui est important, c’est d’accepter d’écouter ce que nous chuchote cette instance intérieure. Le but: savoir après quoi on court dans la vie.»

    Bon niveau de certitude 

    Ainsi, c’est en encourageant ses clients à se poser la question «qu’ai-je besoin de vivre pour me sentir bien ?» que Joël Berger les aide à atteindre un bon niveau de certitude et de détermination personnelle. «Certains découvrent qu’ils ont besoin d’autonomie dans leur travail, d’autres de se sentir protégés par la structure… Peu importe, ce qui compte c’est qu’à un moment une voix à l’intérieur d’eux leur dit : “C’est ça et rien d’autre!”»

    Celle-ci se fait donc entendre si on favorise une forme de dialogue interne. «Il y a indéniablement une partie de soi avec laquelle la conscience peut discuter, comme si on avait plusieurs instances pouvant communiquer entre elles, avance Joël Berger, qui a d’ailleurs écrit un ouvrage sur ce thème (Les Trois Sources de la conscience, Éditions Tripôle). Nous tenons en réalité de véritables colloques à l’intérieur de nous. S’y entrechoquent les voix déterminées par notre éducation, notre culture, nos croyances, l’environnement social dans lequel nous marinons… Les “je dois” et “il faut” y abondent. Il y a aussi les voix de nos pulsions les plus archaïques comme la peur et le besoin de domination.» La plupart des psychothérapies visent donc à clarifier ce maelström intérieur pour dégager et nous aider à entendre la voix de notre être profond.

    Nous sommes multiples 

    François Le Doze, neurologue attaché à un service de médecine psychosomatique du CHU de Caen, travaille avec un modèle psychothérapeutique auquel il a été formé aux États-Unis, le «système familial intérieur». Il a d’ailleurs fait traduire l’ouvrage du fondateur en France (Système familial intérieur: blessures et guérison. Un nouveau modèle de psychothérapie, de Richard Schwartz, Éditions Elsevier Masson).

    Pour lui, il est évident que nous sommes multiples. «Des entités psychiques, que nous appelons les “parties” et qui nous ont permis depuis l’enfance de fonctionner dans le monde, recouvrent notre Self, c’est-à-dire cette partie centrale de la personne et assez indéfinissable appelée “conscience”, par les bouddhistes notamment. Celle-ci a naturellement les qualités pour guider et équilibrer notre vie.»

    Ce Self ne s’exprime pas forcément par des paroles, mais se manifeste davantage chez certains à travers des images, ou même par une émotion corporelle chez d’autres. D’aucuns entrent en contact avec lui à travers des rêves. «Chaque personne a une modalité de réception du Self globale et singulière, explique le médecin. Mais, à chaque fois, la personne est frappée par la justesse et l’évidence des messages délivrés par cette partie d’elle-même, souvent de manière très discrète.» Une simplicité qui entraîne pourtant de forts impacts puisque le patient en ressort unifié et détendu. La petite voix, souvent, porte très loin.

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