Étiquette : Grand public

  • Comment l’IFS appréhende les parts blessées, explications par L. Cook

    Comment l’IFS appréhende les parts blessées, explications par L. Cook


    Laurent Cook échange avec François Druel.

    Lorsqu’un évènement apparemment anodin de l’enfance crée une blessure toujours active 30 ans après et génère de l’angoisse. Vu de l’IFS


  • Quand la médecine factuelle corrobore l’IFS

    Quand la médecine factuelle corrobore l’IFS

    Grâce au soutien de la “Foundation for Self Leadership” créée par Dick Schwartz, des travaux ont été soutenus pour aboutir à des publications scientifiques.

    Ainsi en 2015 nous sommes heureux de vous annoncer que  le modèle IFS rentre dans le monde “Evidence Based” (détails en anglais) c’est à dire dans le monde de l’efficacité démontrée sur la base de la recherche scientifique. Il s’agit d’une étape importante dans sa croissance, sa diffusion et sa reconnaissance à côté des autres modèles de psychothérapie.

  • Le point de vue de DICK SCHWARTZ sur “VICE-VERSA”

    Le point de vue de DICK SCHWARTZ sur “VICE-VERSA”

       J’ai vu le dernier film des studios Pixar, Vice Versa, avec plusieurs regards différents en même temps. Des parties de moi ont été saisies par le côté dramatique, l’excitation et le pathos de l’histoire. Plusieurs fois je me suis retrouvé à pleurer et j’ai été subjugué d’un bout à l’autre. Ces parties de moi s’identifiaient aisément à Riley, héroïne de l’histoire, une fillette de 11 ans qui subit un déménagement. Vu de l’extérieur elle devient maussade, alors qu’elle cache sa tristesse intérieure et sa peur. Ces parties-là de moi ont pu s’identifier avec les parties de Riley, que nous connaissons de mieux en mieux, vu qu’elles tiennent les rôles principaux et partagent avec Riley les feux de la rampe, tout en ayant leurs propres difficultés et aventures.

       D’autres parties de moi ont été éblouies. C’était comme si je visionnais l’œuvre de ma vie, mise en scène devant mes yeux, et ceci à l’aide de moyens que je n’aurais jamais imaginé pouvoir créer. En chemin pour la séance, je craignais que les cinq émotions ne soient les seuls personnages intérieurs, qu’ils n’aient pas de relief, qu’ils n’évoluent pas ni ne changent, à la fois en tant qu’individus et dans leur relations. En fait, dans l’optique IFS, chaque partie était semblable à un être humain-une personnalité à part entière quoique dotée d’un tempérament émotionnel de base, comme chacun d’entre nous. Chaque partie était capable de ressentir et d’exprimer toutes sortes d’émotions, et d’évoluer depuis un état extrême et rigide vers un état non extrême, de valeur et flexible.En plus il y avait une multitude d’autres parties, des personnages secondaires dans des rôles comparables à nos managers, pompiers et exilés. Il y avait même un territoire pour exilés, “l’Abysse”, où se trouvait un délicieux ami imaginaire relégué dans la poussière en compagnie de nombreux souvenirs d’enfance.

       L’intrigue qui m’a le plus frappé, c’est la relation évolutive entre Joie et Tristesse. Au début du film, Riley vit une enfance heureuse au Minnesota, et Joie joue un grand rôle dans sa vie alors que les autres parties-clé, Tristesse, Colère, Peur et Dégoût, vont et viennent avec naturel en réponse aux événements de la vie. Mais à l’âge de 11 ans elle déménage subitement à San Francisco.

       Les parents de Riley sont désemparés et préoccupés, alors que sa peur et sa tristesse sont fortement mises à l’épreuve. Joie glisse dans un rôle de ce que nous appelons pseudo-Self et devient une partie Self-like, elle cherche frénétiquement à remonter le moral des autres. Comme le ferait un enfant intérieur dans un rôle de parent, Joie tente de maintenir un masque de gaîté sur le visage de Riley, pour éviter qu’elle ne pèse sur ses parents. Ceux-ci n’ont qu’une mince bande de fréquence émotionnelle à disposition d’une enfant malheureuse, en plus de tous leurs autres soucis. La maman de Riley la félicite d’être aussi positive et lui demande de continuer.

       Comme c’est le cas dans les familles intérieures, les parties se polarisent entre elles lors de crises. Joie se polarise de plus en plus avec Tristesse, les deux devenant rigides, uni dimensionnelles et extrêmes. Joie est maintenant une pom-pom girl déterminée qui a besoin de déformer la réalité pour nous faire croire à son message positif. Mais nous voyons aussi le prix qu’elle paie-la frustration et la fatigue qu’elle accumule dans ce rôle non naturel, en aidant Riley à affronter sa nouvelle vie pleine d’enfants qu’elle ne connaît pas, qui lui paraissent effrayants, loin de tout ce qu’elle aimait au Minnesota. Tristesse devient un poids constant et encombrant que Joie doit traîner partout en la contenant. De plus, Tristesse a la capacité de rendre tristes (bleus) les souvenirs fondamentaux en les touchant. Ceci montre à quel point nos managers doivent faire des efforts et déformer la réalité pour nous maintenir hors de l’eau, et pourquoi ils cherchent à se débarrasser d’exilés dont les émotions sont devenues contagieuses à faire peur.

       Cependant, une série d’événements va faire germer dans l’esprit de Joie l’idée que Tristesse peut être utile. La vulnérabilité et la franchise de Tristesse suscitent la compréhension et le soutien d’autrui, et sa capacité d’empathie aide les autres, quand ils n’ont pas le moral, d’une manière inaccessible pour la gaîté de Joie. Celle-ci commence à saisir que son optimisme n’est pas toujours nécessaire et à respecter Tristesse. A la fin du film, Joie remet les commandes à Tristesse, qui parvient à réunifier la famille. Joie est soulagée d’être délivrée de sa lourde responsabilité et peut à nouveau être détendue et aimable. Tout comme dans les familles extérieures, quand les parties parviennent à voir les ressources de l’autre et vice-versa, plutôt que leur facettes extrêmes, elles se dépolarisent et collaborent. Pour finir, nous sommes en compagnie d’une grande et heureuse famille intérieure doublée par le bonheur renouvelé de la famille extérieure de Riley.

       Le seul aspect de l’IFS qui ne soit pas explicitement représenté dans le film est le Self, en tant que leader actif du système ou que parent intérieur. Il n’est pas visible et pourtant il est clair qu’à la fin de l’histoire Riley et ses parents manifestent chacun plus de présence de Self. Je ne suis d’ailleurs pas sûr d’avoir une idée claire de la façon dont le Self aurait pu être représenté dans le film en tant que personnage, puisqu’il est le siège de la conscience et non une image que nous pouvons voir lorsque nous faisons du travail à l’intérieur de nous-mêmes. Ainsi que l’a suggéré un membre de l’assemblée, durant notre discussion après la projection, lorsque nous regardons le film, nous devenons le Self – comme si nous regardions nos parties interagir et voulions «entrer» et les aider. Je suis stupéfait que Pete Docter, sans rien connaître de l’IFS lorsqu’il a écrit le scénario avec son équipe, ait eu de telles intuitions à propos de bien des aspects des systèmes intérieurs, alors qu’il m’a fallu 30 ans pour les glaner. L’absence d’un Self dans le système de Riley paraît dès lors plus qu’excusable.

       Il y a un aspect de la psyché de Riley que nous n’abordons pas en IFS et qui est assez intrigant. Avec le temps, Riley semble construire des «îles»intérieures, qui paraissent être des structures de son esprit contenant des souvenirs, émotions et croyances liés à des aspects spécifiques de sa vie. Elle a ainsi l’île de la Famille, l’île de l’Amitié, l’île du Hockey (le hockey est sa passion), l’île de l’Honnêteté et l’île des Fous-fous. Elles apparaissent comme des piliers de sa propre représentation intérieure qui sont entretenus par des mémoires fondamentales. Lorsque ces îles sont intactes et en état de fonctionnement, Riley peut s’y référer et elles sont autant de rappels qu’il y a du bon en elle et dans le monde. Au fur et à mesure que la situation empire pour Riley, chacune d’entre elles commence à s’effondrer, son esprit devient de plus en plus sombre et désert et elle recourt alors dans sa vie quotidienne à une solution extrême, dictée, en termes d’IFS, par un «pompier». Fort heureusement, une fois sa famille intérieure et extérieure réunifiée, ces structures sont rapidement restaurées. Il me paraît effectivement correct de concevoir que nous construisons de telles structures, et nous pourrions les appeler nos concepts intrinsèques ou nos visions du monde extérieur. Peut-être constituent-elles des schémas neuronaux qui organisent les actions des parties. Je partage l’avis de Jim Hopper qu’il s’agit là d’un aspect à explorer plus avant au sein de notre communauté IFS. Cela aurait été intéressant si, comme je le remarque avec mes clients, les îles«positives» ne s’étaient pas désintégrées, mais avaient été remplacées par des îles «négatives» conditionnant sa conception d’elle-même.

       Ce film était tellement riche en subtils composants de la vie intra-psychique qu’il faudra que je le revoie plusieurs fois avant d’en appréhender pleinement tout le potentiel. J’ai beaucoup aimé que les parties principales utilisent un tableau de contrôle chacune à leur tour pour gérer le comportement et les sensations de Riley, car c’est toujours ainsi que j’ai considéré que les parties opéraient. Les petits managers équipés d’un aspirateur, qui suppriment de la banque de mémoire de Riley tout souvenir inutile, me parlent totalement. De même les faiseurs de rêve et ce qu’il a fallu pour réveiller la fillette. De plus, la représentation des parties de chaque membre de la famille durant la scène du repas était une description étonnamment précise de la façon dont les parties de chacun interagissent et déclenchent des séquences d’interactions problématiques dans le monde intérieur autant qu’extérieur. J’ai depuis montré cette séquence à différents publics et les gens comprennent le principe immédiatement.

       Enfin, j’espère et attends que ce film soit un grand succès afin qu’il puisse à la fois faire connaître et amener de la considération pour le monde des parties. Cela rendra notre travail bien plus facile car à présent nous pourrons faire référence au film lorsque nous essaierons d’introduire la notion de parties auprès de nos clients. D’une façon que je n’aurais jamais imaginée possible, ce film peut inverser la façon jusque là pathologisante de considérer les parties qui s’est installée dans notre culture en raison de diverses théories de psychologie ou de psychothérapie.

       Est-ce que cela ne serait pas tout simplement génial si les gens cessaient d’avoir peur ou de détester leurs parties et au lieu de cela, commençaient à prendre du temps pour aller vers l’intérieur à leur découverte afin d’apprendre à mieux les connaître et à les aimer?

    (Traduit de l’anglais par Christine Meyer et Ariane Girard)

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  • Nos gènes portent la trace de nos traumatismes

    Nos gènes portent la trace de nos traumatismes

       ADN – L’effet des traumatismes sur le génome, via l’épigénétique, semble bien démontré: ces modifications épigénétiques, qui affectent le fonctionnement des gènes sans passer par des modifications de leur séquence ADN, auraient pour cible certains gènes impliqués entre autres dans la gestion du stress, la réactivité aux évènements ou la régulation des émotions.

       Vulnérabilité accrue au développement de troubles psychiatriques en découlant, signes d’anxiété, ou autres manifestations de mal-être. Comme d’autres facteurs environnementaux, le stress ou le traumatisme psychologique pourraient donc avoir des conséquences biologiques. De là, des traces, des marqueurs biologiques, sous-jacents aux symptômes?

       Diverses cohortes de personnes ayant vécu des stress majeurs, comme des militaires, des enfants exposés à des situations dramatiques, des victimes de catastrophes naturelles, ou de guerres ont été investiguées pour définir la présence de modifications épigénétiques, dans des gènes spécifiques, par comparaison avec des individus n’ayant pas subi ces stress.

       Ces études rapportent des différences notamment dans des mesures de méthylation de l’ADN, une des modifications épigénétiques les mieux connues à l’heure actuelle, pour divers gènes exprimés dans le cerveau (gènes du transporteur de la sérotonine SLC6A4, du récepteur aux glucocortocoïdes NR3C1, du facteur neurotrophique BDNF, par exemple), pour d’autres régions répétitives du génome, ou même pour des gènes liés aux fonctions immunitaires. Ainsi, des mesures de laboratoire, sur de l’ADN extrait de salive, sang, ou autre, semblent pouvoir permettre de quantifier la méthylation de l’ADN des gènes en cause, permettant d’établir un lien avec le stress vécu. Et cela, même des années plus tard.

       Un bond en avant pour la neuroépigénétique, la neurobiologie, la psychiatrie, avec la compréhension de comment un environnement fortement délétère peut aboutir à des symptômes ou à une vulnérabilité accrue au développement ultérieur de troubles psychologiques/psychiatriques. Pourtant, l’opposé n’est pas tout-à-fait exact : toute modification de la méthylation de l’un de ces gènes n’est pas diagnostique d’un traumatisme ou d’un stress majeur. Il n’est pas possible à l’heure actuelle de démontrer la spécificité de ces traces, par rapport à un évènement, lequel, quand il a eu lieu, et d’autres éventuelles interférences.

       En effet, des substances chimiques, des toxiques environnementaux, un mode de vie propre à chacun, affectent également, par des modifications épigénétiques, de très nombreux gènes.

       Là aussi, la spécificité de quel facteur a pour cible quels gènes est en pleine exploration. Finalement, il faut aussi garder à l’esprit le fait que, génétiquement, il y a des différences entre les individus et leurs possibles prédispositions à développer des troubles psychiatriques.

       Certaines variations dans la séquence ADN (gènes du récepteur dopamine D2, du récepteur sérotonine 2A, du transporteur de la dopamine SLC6A3, par exemple) semblent bien associées plus fréquemment à certaines pathologies ou à des syndromes de stress post-traumatique . Plus compliqué encore, une étude à peine publiée rapporte que des individus porteurs de certaines variations de séquence ADN dans les enzymes de méthylation, donc médiatrices des modifications épigénétiques, seraient plus fréquentes chez certains patients psychiatriques que chez d’autres: une différence génétique en amont de certaines modifications épigénétiques, lesquelles peuvent être consécutives à des facteurs environnementaux traumatisants…

       Tout cela constitue un champ d’investigation formidable, une connaissance et reconnaissance des difficultés psychologiques, des vulnérabilités individuelles sous-jacentes, et des effets à long terme d’un stress ou d’un traumatisme, par les traces qu’elles peuvent laisser.

       Mais est-ce que cela enlève la possibilité de croire à des troubles ou d’en souffrir, si le substrat biologique n’est pas objectivable? Espérons que non. Peut-on imaginer des psychiatres ayant dans le futur à connaitre la séquence ADN de leurs patients et à mesurer l’intensité des traumatismes vécus par méthylation de leur ADN, avant d’envisager de les traiter?

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  • Notre réalité intérieure est multiple

    Notre réalité intérieure est multiple

    «Il y a deux filles en moi» chantait Françoise Hardy. Il y en a bien plus que ça, précise Richard Schwartz, concepteur d’un modèle original de psychothérapie, au croisement entre l’approche systémique et la plongée dans le psychisme: il y a toute une «famille» en nous.
    Le Système familial intérieur (IFS) est arrivé des États-Unis en Europe via l’Allemagne, il y a dix ans. Son promoteur français, François Le Doze, est un neurologue qui rêve de retrouvailles entre la psychologie et la neurologie. L’avocat est crédible, le modèle «potentiellement intéressant», concède Yves de Roten, responsable du Centre de recherche en psychothérapie du Département de psychiatrie du CHUV à Lausanne. Ne lui reste plus qu’à faire ses preuves. François Le Doze sera à Lausanne le jeudi 26 janvier pour le lancement de la première formation IFS en Suisse. Rencontre exploratoire.

    Le Temps: Comment le neurologue que vous êtes en est-il venu à la psychothérapie ?

    François Le Doze: J’ai commencé par faire ce que j’avais appris : m’occuper du dysfonctionnement des organes. Mais avec l’intuition, dès le début, que ce n’était pas suffisant. Que la maladie s’articule avec les expériences de vie et qu’en mettant en jeu le psychisme, on doit pouvoir agir sur elle. Encore faut-il savoir comment : dans l’IFS, j’ai trouvé un outil efficace, qui a des effets durables sur les symptômes. Je l’ai trouvé un peu par hasard : je m’étais inscrit à un séminaire par intérêt personnel. J’ai appliqué le modèle à un patient migraineux, qui s’est tout de suite senti mieux et m’a envoyé sa femme. C’est ainsi que cela a commencé.

    – Ça n’aurait pas marché avec un malade de Parkinson ou de sclérose en plaque.

    – Je me limite aux maladies réversibles. Les maladies auto-immunes, notamment, comme le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Suite aux bons résultats obtenus, j’ai mis sur pied, à l’hôpital de Caen où je suis neurologue, une consultation de médecine psychosomatique. Les patients qui y consultent ne sont pas a priori en demande de psycho-thérapie; un des atouts de l’IFS est d’être facilement accepté par des personnes qui ne seraient pas allées spontanément chez le psy.

    – Que leur dites-vous de si convaincant?

    – «Il y a des parties de vous qui sont impliquées dans la maladie. Peut-être qu’en les aidant, on peut arriver à vous soulager. Êtes-vous partant pour essayer?» C’est un langage qui parle intuitivement aux gens et ils acceptent. Ce faisant, ils ont déjà intégré un concept fondamental: ce n’est pas eux qui sont malades mais une partie d’eux parmi d’autres. Car notre réalité intérieure est multiple, composée de plusieurs sous-personnalités, souvent fragilisées ou en conflit entre elles.

    – L’idée de la multiplicité du psychisme n’est pas nouvelle.

    – Non, on la retrouve par exemple chez Freud et Jung. L’originalité de l’IFS est de l’articuler avec l’autre pilier du modèle : le Self, cette instance que d’autres appellent la conscience, et qui est le guide naturel du système intérieur. L’en-jeu, c’est de rendre au Self la maîtrise de la vie psychique pour une coexistence harmonieuse entre les parties, dans un climat de confiance restaurée.

    – Le Self, écrivez-vous, est doté de «qualités inaltérables comme la compassion et la confiance». C’est une vision bien optimiste de l’être humain!

    – C’est ce que nous constatons dans notre pratique. Pour peu qu’elle soit dégagée des contraintes internes, l’instance du Self manifeste ses qualités naturelles et devient un «bon guide».

    – L’autre originalité de l’IFS est d’employer les techniques de l’analyse systémique. Qu’en-tend-on par là ?

    – Richard Schwartz a été formé à l’approche systémique qui considère l’individu non pour lui-même mais comme membre d’un système, en l’occurrence familial. Peu à peu, en s’intéressant aux individus eux-mêmes, il s’est rendu compte que notre réalité intérieure fonctionne comme un système familial extérieur : il y a, par exemple, le vilain petit canard qui boit trop, le grand frère qui l’humilie, le parent en colère, et chacun a de bonnes raisons d’agir comme il le fait pour maintenir le système à flot. L’enjeu de la thérapie est de persuader les parties qu’il y a un plan B, qu’elles peuvent sortir de leurs rôles figés.

    – Pourquoi boit-il trop, le vilain petit canard?

    – Ça dépend des systèmes, mais ce qu’on peut dire, c’est que certaines parties en protègent d’autres, qui sont blessées: je me sens mal, je me soulage en buvant.

    – Dans le vocabulaire IFS, les parties blessées sont appelées «les exilés», les protectrices «les pompiers» ou «les managers». Ça sonne tellement américain capitaliste…

    – Ce sont des termes que l’on n’emploie pas avec les patients. Et l’IFS est loin de constituer un modèle à la gloire des managers et du capitalisme! Pour Richard Schwartz, ce qui nous pousse à la surconsommation, ce sont les parties «pompiers» en nous, qui cherchent à calmer un mal-être. Si on arrive à se passer d’elles, c’est tout le système économique tel que nous le connaissons qui s’effondre!

    – Vous appelez de vos vœux «la réunification de la personne malade». Est-ce une utopie ?

    – Il y a un mouvement dans ce sens. L’euphorie du tout technique est en train de retomber : au sein de l’hôpital où je travaille, mes propositions ont reçu un accueil impensable il y a dix ans. Et l’IFS s’inscrit dans un courant émergeant de la psychologie qui vise à mobiliser les ressources de la conscience, notamment via la méditation: nous avons de nouveaux outils, très prometteurs. Mais je suis conscient qu’ils doivent encore faire leurs preuves, notamment via la recherche.

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  • Indispensables conversations intérieures

    Indispensables conversations intérieures


    Article publié dans le quotidien LE FIGARO du 24 janvier 2011
    Par  Pascale Senk


    Les psychologues reconnaissent les pouvoirs bénéfiques de notre «petite voix».

    Dans les comics des années 1950, on la représentait souvent par un angelot posé sur un nuage invitant le personnage principal à plus de tempérance et l’empêchant ainsi de faire une bêtise: «Non, tu ne voleras pas le vélo de ton voisin!» Cette imagerie populaire s’appuyait essentiel­lement sur les points de vue moral et religieux et le conflit entre mal et bien pour représenter la voix de notre conscience, celle-ci ayant surtout occupé ces deux disciplines pendant des siècles. Aujourd’hui, et même si tout un courant new age considère cette instance intérieure comme une émanation du divin, notre «petite voix» s’est largement laïcisée.

    La psychiatrie a longtemps eu tendance à ne la considérer que comme une manifestation de délire, mais il suffit de demander dans un dîner «entendez-vous parfois des voix à l’intérieur de vous?» pour constater que la plupart des humains, et même les plus rationnels, vivent quotidiennement cette expérience. Depuis Freud et l’éclosion des psychothérapies modernes nées dans la filiation plus ou moins respectée de la psychanalyse, nos discours intérieurs sont d’ailleurs davantage pris en considération par les professionnels de la psyché et les scientifiques.

    Ainsi, une récente étude de l’université de Toronto Scarborough a montré que l’écoute de notre voix intérieure nous aidait davantage à contrôler nos attitudes impulsives et à garder notre self-control que si nous l’ignorons.

    Joël Berger, coach -formateur auprès de dirigeants en quête de leadership et de détermination-, axe une grande partie de son travail sur la recherche et l’intensification de ce qu’il appelle cette «boussole intérieure»: «Socrate avait déjà son “daimon”! Peu importe le nom que vous lui donnez, “Guide”, comme dans l’hypnose ericksonnienne, ou “Soi”, chez Jung, explique-t-il. Ce qui est important, c’est d’accepter d’écouter ce que nous chuchote cette instance intérieure. Le but: savoir après quoi on court dans la vie.»

    Bon niveau de certitude 

    Ainsi, c’est en encourageant ses clients à se poser la question «qu’ai-je besoin de vivre pour me sentir bien ?» que Joël Berger les aide à atteindre un bon niveau de certitude et de détermination personnelle. «Certains découvrent qu’ils ont besoin d’autonomie dans leur travail, d’autres de se sentir protégés par la structure… Peu importe, ce qui compte c’est qu’à un moment une voix à l’intérieur d’eux leur dit : “C’est ça et rien d’autre!”»

    Celle-ci se fait donc entendre si on favorise une forme de dialogue interne. «Il y a indéniablement une partie de soi avec laquelle la conscience peut discuter, comme si on avait plusieurs instances pouvant communiquer entre elles, avance Joël Berger, qui a d’ailleurs écrit un ouvrage sur ce thème (Les Trois Sources de la conscience, Éditions Tripôle). Nous tenons en réalité de véritables colloques à l’intérieur de nous. S’y entrechoquent les voix déterminées par notre éducation, notre culture, nos croyances, l’environnement social dans lequel nous marinons… Les “je dois” et “il faut” y abondent. Il y a aussi les voix de nos pulsions les plus archaïques comme la peur et le besoin de domination.» La plupart des psychothérapies visent donc à clarifier ce maelström intérieur pour dégager et nous aider à entendre la voix de notre être profond.

    Nous sommes multiples 

    François Le Doze, neurologue attaché à un service de médecine psychosomatique du CHU de Caen, travaille avec un modèle psychothérapeutique auquel il a été formé aux États-Unis, le «système familial intérieur». Il a d’ailleurs fait traduire l’ouvrage du fondateur en France (Système familial intérieur: blessures et guérison. Un nouveau modèle de psychothérapie, de Richard Schwartz, Éditions Elsevier Masson).

    Pour lui, il est évident que nous sommes multiples. «Des entités psychiques, que nous appelons les “parties” et qui nous ont permis depuis l’enfance de fonctionner dans le monde, recouvrent notre Self, c’est-à-dire cette partie centrale de la personne et assez indéfinissable appelée “conscience”, par les bouddhistes notamment. Celle-ci a naturellement les qualités pour guider et équilibrer notre vie.»

    Ce Self ne s’exprime pas forcément par des paroles, mais se manifeste davantage chez certains à travers des images, ou même par une émotion corporelle chez d’autres. D’aucuns entrent en contact avec lui à travers des rêves. «Chaque personne a une modalité de réception du Self globale et singulière, explique le médecin. Mais, à chaque fois, la personne est frappée par la justesse et l’évidence des messages délivrés par cette partie d’elle-même, souvent de manière très discrète.» Une simplicité qui entraîne pourtant de forts impacts puisque le patient en ressort unifié et détendu. La petite voix, souvent, porte très loin.

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