Instantanés de la métamorphose d’une psy

 

Octobre 2012 (29ème colloque de la Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse)

De retour en France après plusieurs années passées à Shanghai, à recevoir dans mon cabinet des compatriotes venus panser les plaies suscitées ou aggravées par leur expatriation, je suis heureuse de participer de nouveau à cet événement professionnel de qualité. Sans surprise, je réalise que je ne connais aucun des intervenants de cette seconde journée de colloque, consacrée à la présentation de nouveaux courants de psychothérapie. Ma curiosité est attisée, car je nourris depuis longtemps une véritable passion pour l’étude comparative des écoles de psychothérapie présentes sur les différents continents.

Un homme de haute stature vient de s’avancer sur le devant de la scène et de prononcer le nom du modèle d’origine américaine qu’il diffuse dans le monde francophone : Internal Family Systems. Instantanément, j’imagine avec une certaine déception qu’il s’agit d’une variante de la thérapie familiale systémique que je pratique déjà, avec plaisir et succès. Mais très vite, je comprends ma méprise et découvre que le système en question désigne différentes entités constitutives de notre personnalité, cette tribu intérieure dont les relations souvent houleuses sont à l’origine de beaucoup de nos souffrances. Ce postulat, central en IFS, de la multiplicité de notre psychisme, bien que sous-jacent à bien d’autres approches, m’apparaît soudain comme une évidence, une clef indispensable à la compréhension de l’existence humaine. Puis j’entends parler de parties de l’individu (appelées managers ou pompiers), au comportement parfois extrême, protégeant d’autres parties exilées au plus profond de son monde interne. J’accueille avec enthousiasme cette sorte de version métaphorique de concepts psycho-dynamiques essentiels à mes yeux, mais souvent obscurs pour le grand public. A l’issue de cet exposé, je suis envahie par le sentiment d’être moi-même véritablement perçue et comprise, pour la toute première fois, dans la complexité de ma psyché. Alors, dominée par l’intuition d’avoir enfin rencontré, après plus de quinze années de formation à de nombreux modèles de psychothérapie (allant de la psychanalyse intégrative aux thérapies brèves du courant constructiviste), celui que j’attendais encore, je m’avance avec détermination, durant la pause, vers François Le Doze…

 

Novembre 2012 (niveau 1 de la formation IFS – premier module de cinq jours)

Au terme de cette première étape, je comprends soudain pourquoi cette formation est qualifiée d’expérientielle ! Dès le démarrage du stage, François a expliqué à la trentaine de participants installés en grand cercle autour de la salle, que pour utiliser le modèle IFS, il fallait certes apprendre ses fondements théoriques et acquérir la maîtrise des étapes de son protocole d’intervention (cet enchaînement précis de questions et d’assertions permettant au client, en développant son accès à l’énergie de son Self, de découvrir, guérir et pacifier les éléments de son système interne). Mais que nous avions à faire nous-mêmes, en premier lieu, l’expérience de la capacité transformatrice de l’approche. Il ne s’agissait pas seulement pour nous, ce faisant, d’en vérifier personnellement la pertinence. L’objectif était surtout que nous recensions nos parties prédominantes, pour les repérer et mettre de côté en séance, afin d’intensifier notre contact avec notre propre Self, ce seul endroit à partir duquel il nous était possible de générer, dans la relation avec chaque client, puis au sein de la famille intérieure de celui-ci, la confiance indispensable au bon déroulement de la thérapie.

Or, le montage pédagogique proposé m’apparait parfaitement adapté à ce triple objectif. Car les présentations théoriques, toujours concises et claires, sont encadrées de nombreuses séquences dédiées à la fois à la pratique et à la connaissance de soi, les stagiaires s’y trouvant tour à tour en posture d’apprenti thérapeute, de client et d’observateur. Impossible pour moi, dans ces conditions, de vivre ces journées avec ce mélange d’avidité intellectuelle et de retrait émotionnel qui me caractérise habituellement, à mon insu, en formation ! Chaque jour, la méditation collective matinale me conduit au contraire à prendre conscience des parties de moi situées aux avant-postes dans ce type de contexte. Managers qui confirment énergiquement leur présence vigilante, lors des séances régulières de pratique en triades supervisées, en me décourageant à prendre le rôle très exposé du thérapeute. Les démonstrations quotidiennes de conduite d’une séance complète, effectuées avec brio par les deux formateurs et suivies d’un temps de débriefing collectif, stimulent quant à elles, immanquablement, les parties exilées de moi en résonnance avec celles explorées par mes camarades en position de clients. Et en fin de journée, les moments de régulation en sous-groupes, animés par les assistants, m’amènent à faire de nouveau un bilan de l’état de mon système intérieur, après ces aventures tumultueuses ! Alors ce soir-là, comme les précédents, je rentre chez moi émue, exténuée et ravie.

 

Mars 2013 (second module de cinq jours)

La montée en puissance de la formation est flagrante. Tout d’abord au niveau théorique et pratique, où elle m’apparaît comme une spirale ascendante finement ciselée. En effet, si les phases successives de la thérapie IFS nous sont livrées dès le premier module (et les participants encouragés à les utiliser sans attendre, tant en groupes d’entrainement autogérés qu’auprès de leur clientèle), elles sont de nouveau passées en revue avant d’être successivement approfondies, y compris grâce aux questions des stagiaires, nourries par l’expérience accumulée depuis trois mois. Mais c’est aussi le cas au plan émotionnel. En effet, l’approfondissement de la connaissance mutuelle des personnes en présence (avec les alliances et polarisations en résultant inévitablement), corrélée à l’augmentation des attentes des formateurs vis-à-vis de ceux-ci, agite toujours plus fortement les différentes parties de chacun. Durant les phases de pratique, des séances en grandeur réelle sont menées et les parties exilées des stagiaires en posture vulnérable de clients y expriment pleinement leur souffrances, face à des thérapeutes en apprentissage, donc nécessairement imparfaits. Il résulte de tout cela quelques difficultés interpersonnelles, qui sont autant d’occasion pour l’équipe en charge de la formation de transmettre aux participants, à travers l’exemple donné, la capacité à prendre la parole pour nos parties stimulées, sous la guidance d’un Self bien présent, non soumis à leur dictature. Et de faire la démonstration de la sécurité entourant ce programme pédagogique exigeant et parfois déstabilisant, les formateurs et nombreux assistants se mettant constamment à la disposition des stagiaires, en cas de besoin, pour un court entretien ou une séance de plus grande ampleur. Je traverse ce processus avec autant d’émois que les autres, toujours plus convaincue de la puissance du modèle, comme du sérieux de la formation afférente.

 

Septembre 2013 (troisième module de cinq jours)

Je m’attendais à ressentir une certaine lassitude face à l’architecture apparemment similaire des modules constitutifs de la formation. Or, cette troisième étape du parcours proposé comporte de nombreuses surprises ! L’importance du corps en IFS y est introduite dès la méditation du premier jour, prolongée par des exercices de sculpture individuelle puis collective (sur le modèle des constellations familiales) de nos parties, qui enrichit magnifiquement la panoplie des techniques utilisables en thérapie individuelle comme de groupe. Je suis personnellement séduite par la souplesse et la dimension intégrative du modèle, par sa compatibilité avec des outils que je possède déjà et affectionne particulièrement. Le second thème majeur de ces cinq jours : les spécificités de relation thérapeutique en IFS, donne lieu quant à lui à des exposés théoriques passionnants et à des temps de pratique particulièrement instructifs. En cette dernière occurrence, les apprentis thérapeutes sont en effet coachés directement par les formateurs, qui les interrompent régulièrement pour leur faire prendre conscience des parties d’eux-mêmes venant freiner la progression de la séance en cours. Impressionnée, je comprends mieux, rétrospectivement, l’accent mis dès le démarrage de la formation sur l’exploration, par les stagiaires eux-mêmes, de leur système intérieur. Et la cohérence de la globalité de la formation. La cérémonie de remise des diplômes est un grand moment de créativité et d’émotion. Je mesure avec satisfaction le chemin parcouru et, avec gravité, son irréversibilité…

 

Octobre 2013 (30ème colloque de la Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse) :

La salle est comble, mais un silence plein d’attente accueille les premiers mots de François Le Doze, venu expliquer à l’auditoire la manière particulière dont l’approche IFS contribue à guérir les traumatismes psychiques, thème de ce nouveau colloque. Le discours tenu m’est évidemment devenu très familier. Du coup, mon écoute se relâche et laisse en moi la place à une puissante émotion de reconnaissance envers le destin qui m’a permis de découvrir ce modèle de thérapie à la fois profonde et relativement rapide que je recherchais, particulièrement dans le cadre de mes accompagnements individuels. Car dans ce contexte, je ne me satisfaisais ni de l’approche psychanalytique, que je jugeais peu adaptée aux contraintes de notre temps, ni des thérapies brèves, qui me paraissaient souvent manquer d’efficacité du fait de l’accent mis sur les cognitions (au détriment de la puissance transformatrice des émotions), comme sur le présent et le futur des clients (se privant ainsi de l’impact guérisseur du retour sur les souffrances passées de notre enfant intérieur). En fait, je réalise que je me penche déjà sur l’application du modèle IFS aux relations conjugales et familiales, ainsi qu’aux systèmes plus larges (institutions scolaires, communautés, entreprises…). C’est pourquoi je me suis inscrite au niveau suivant de la formation, ainsi qu’à un stage aux Etats-Unis centré sur l’utilisation de l’IFS auprès des couples, bien décidée à étendre et perfectionner ma pratique de cette puissante approche…

Alors, je scrute les visages concentrés tout autour de moi, me demandant si certaines de ces personnes vivent, en ce moment-même, ce sentiment de révélation qui s’est imposé à moi en ce même lieu, un an plus tôt…

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